Technique· 8 min de lecture

Que savent déjà les IA de votre entreprise ?

Avant qu'un dirigeant ne parle de vous à ChatGPT ou à Claude, ces modèles ont probablement déjà assemblé une fiche d'identité sommaire sur votre entreprise, construite à partir de sources qu'aucune d'elles ne vous a demandé la permission de consulter : le registre du commerce, les bases de connaissance ouvertes, les annuaires professionnels, et votre propre site. Cette fiche existe, qu'elle vous plaise ou non. La vérifier prend une heure ; la corriger passe par les sources elles-mêmes, pas par une conversation avec le modèle.

Qu'est-ce qu'une fiche d'identité machine, exactement ?

J'appelle fiche d'identité machine l'ensemble des faits qu'un système peut retrouver et recouper sur votre entreprise à partir de sources indépendantes les unes des autres : raison sociale exacte, forme juridique, siège, numéro d'identification des entreprises, fondateur ou dirigeants, secteur d'activité, date de création. Ce n'est pas un profil que vous créez volontairement quelque part ; c'est une reconstruction, faite à partir de fragments épars, que le modèle assemble au moment où on l'interroge. C'est précisément ce que je décrivais, dans Comment une IA choisit ses sources, comme la cohérence d'entité : avant de décider de vous citer, un système doit d'abord être sûr de savoir qui vous êtes.

D'où vient cette fiche ? Les quatre sources que les modèles recoupent

Quatre familles de sources reviennent, avec un poids différent selon la question posée.

Wikidata. Une base de connaissance ouverte, structurée, modifiable par n'importe qui selon des règles de notabilité précises. Les systèmes génératifs s'en servent volontiers comme point d'ancrage pour résoudre une entité, parce que ses données sont structurées et facilement exploitables. Une PME n'y figure pas automatiquement ; beaucoup n'y figurent pas du tout.

Zefix. Le registre central suisse des raisons de commerce, tenu par la Confédération. C'est la source qui fait autorité pour la raison sociale exacte, la forme juridique, le siège et le statut d'inscription — un modèle qui recoupe vos affirmations avec Zefix vérifie, en somme, que vous existez officiellement tel que vous le prétendez.

Les annuaires professionnels. local.ch, search.ch et leurs équivalents indexent adresse, téléphone, catégorie d'activité, parfois des avis. Ils sont largement parcourus par les systèmes automatiques, souvent la première source consultée pour une question locale — et souvent aussi la moins tenue à jour par l'entreprise elle-même, une fois l'inscription initiale oubliée.

Le site de l'entreprise. C'est la seule source des quatre que vous maîtrisez entièrement. Les données structurées au format schema.org y déclarent explicitement qui vous êtes ; un fichier llms.txt, placé à la racine du site, peut en outre offrir aux modèles un résumé direct, lisible sans interprétation.

Je décris ici quatre sources sans les hiérarchiser en un classement définitif : leur poids relatif varie selon la question posée, et c'est leur recoupement, plus que l'une d'elles isolément, qui construit la fiche.

Pourquoi les écarts entre ces sources coûtent cher

Un modèle confronté à des sources qui se contredisent ne tranche pas en votre faveur par défaut : il retient la version la plus stable, ou il devient prudent, parfois au point de ne pas vous citer du tout plutôt que de risquer une affirmation fausse. Une adresse ancienne encore active sur un annuaire, un nom de fondateur qui ne correspond plus à l'équipe dirigeante, une raison sociale légèrement différente d'une page à l'autre de votre propre site : chacun de ces écarts, pris seul, semble mineur. Additionnés, ils forment une fiche d'identité floue, et c'est exactement le type d'incohérence que je détaillais, source de sanction discrète plutôt que d'erreur visible, dans Données structurées : ce que les IA lisent sur votre site.

Comment vérifier votre fiche d'identité en une heure ?

La méthode ne demande aucun outil spécialisé, seulement une heure et quelques onglets de navigateur ouverts.

  1. Demandez à chacun des cinq modèles — ChatGPT, Claude, Perplexity, Gemini, Mistral — une question neutre : que sait-il de votre entreprise, dans votre ville.
  2. Notez, pour chaque réponse, l'adresse, l'activité déclarée, le nom du fondateur ou dirigeant, et la date de création si elle est mentionnée.
  3. Comparez ces éléments avec le registre du commerce sur Zefix, qui fait référence pour la raison sociale, la forme juridique et le statut.
  4. Vérifiez les annuaires professionnels comme local.ch ou search.ch : l'adresse et le téléphone y sont-ils encore exacts ?
  5. Relevez les divergences entre les cinq réponses plutôt que de ne regarder qu'une seule : c'est l'écart entre modèles qui signale une identité mal ancrée — la cohérence inter-modèles est d'ailleurs l'un des sept thèmes que mesure le Score GEO™.

Le résultat de cet exercice n'est ni un score ni un jugement : c'est une liste d'écarts factuels, la même matière première que celle que je travaille au premier temps d'un pré-audit Score GEO™.

Comment corriger cette fiche ? mcva.ch comme exemple documenté

La correction ne se négocie pas avec le modèle : on ne convainc pas ChatGPT qu'il se trompe sur votre adresse, on corrige la source qu'il a consultée. Deux leviers sont entièrement sous votre contrôle. Le premier est le balisage schema.org de votre propre site : sur mcva.ch, le schéma Organization déclare la raison sociale, l'adresse, le fondateur et le numéro IDE — CHE-448.625.502 — et le relie, via la propriété sameAs, à la fiche du registre Zefix et à Moneyhouse, deux sources qu'un système peut consulter pour vérifier que l'entité qui parle sur le site est bien celle enregistrée officiellement. Le second est le fichier llms.txt, placé à la racine de mcva.ch : un résumé direct, en texte structuré, de qui je suis, ce que fait l'entreprise et où trouver les pages qui comptent, sans que le modèle ait à le déduire du reste du site. Ces deux leviers font partie du travail que je pose systématiquement en amont de tout site conçu pour être cité.

Deux autres leviers échappent partiellement à votre main, et l'honnêteté commande de le dire. Corriger une fiche d'annuaire suit le cycle de mise à jour de son éditeur, pas le vôtre. Obtenir ou corriger une entrée Wikidata suppose de respecter les règles de notabilité et d'édition de la communauté qui la tient. Ce sont des chantiers plus lents, à mener en parallèle du travail sur votre propre site plutôt qu'à sa place.

Cette fiche d'identité n'est que le socle : elle rend la citation possible, elle ne la déclenche pas. Le travail de fond reste celui d'un site conçu pour être cité, et la mécanique qui décide ensuite ce qui est retenu dans une réponse est celle que je détaille dans Comment une IA choisit ses sources. Pour situer ce chantier dans l'ensemble des décisions qu'une PME suisse doit prendre face à l'IA, la feuille de route complète reste posée dans Que doit faire une PME suisse face à l'IA en 2026 ?

Ce qu'il faut retenir

— Les modèles reconstituent une fiche d'identité de votre entreprise à partir de quatre sources indépendantes : Wikidata, Zefix, les annuaires professionnels et votre propre site. — Les écarts entre ces sources coûtent cher : un modèle face à des versions contradictoires devient prudent, parfois jusqu'à ne pas vous citer du tout. — Vérifier prend une heure — interroger les cinq modèles et comparer ; corriger passe par les sources que vous maîtrisez, schema.org et llms.txt en tête.

FAQ

Faut-il forcément une entrée Wikidata pour être cité par les IA ? Non — rien d'obligatoire. Une entrée y ajoute un point d'ancrage supplémentaire pour la résolution d'entité, utile mais non indispensable, et son obtention suit les règles de notabilité de la communauté qui tient la base, pas les vôtres.

Un simple changement d'adresse sur mon site suffit-il à corriger ce que les IA savent ? Cela corrige la source la plus rapide à mettre à jour, la vôtre. Les annuaires et les bases externes suivent leur propre cycle, souvent plus lent. Le recoupement entre sources signifie qu'une correction met du temps à se généraliser partout.

Comment savoir si mon entreprise est confondue avec une autre du même nom ? C'est précisément ce que révèle l'exercice des cinq questions : si les réponses évoquent une activité, une ville ou un fondateur qui ne sont pas les vôtres, la confusion est là. Un nom peu distinctif ou une raison sociale proche d'un concurrent l'aggrave.

Cette fiche d'identité remplace-t-elle une mesure de citabilité complète ? Non. Elle en est le socle, pas la mesure elle-même. Le Score GEO™ va plus loin : il teste si, une fois l'identité résolue, votre entreprise est effectivement citée, dans quel contexte et avec quelle exactitude.

Où en êtes-vous ? Le pré-audit Score GEO™ mesure gratuitement où votre entreprise apparaît — et n'apparaît pas — dans les réponses de ChatGPT, Claude, Perplexity, Gemini et Mistral. Réponse chiffrée en quelques jours. Demander un pré-audit gratuit


Jérôme Deshaie est CEO et fondateur de MCVA Consulting SA, agence augmentée basée en Valais. Quinze ans au service de grandes marques internationales, désormais en direct pour les PME suisses. Parcours.