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Claude Code : retour d'expérience sur deux projets réels

La production augmentée, concrètement, ressemble à ceci : le site sur lequel vous lisez ces lignes — la refonte complète de mcva.ch — et FiscalDoc, l'application locale qui gère ma fiscalité, ont été construits avec Claude Code. Pas en pilote automatique. En dialogue, avec des gains nets, des pertes de temps évitables, et une discipline sans laquelle l'outil déçoit. Voici ce que ces deux projets m'ont appris.

Article publié en mars 2026, refondu le 25 mai 2026, revu le 7 juillet 2026.

Claude Code, c'est quoi au juste ?

Claude Code est un assistant de développement en ligne de commande, conçu par Anthropic, qui travaille au niveau du projet entier : il navigue dans les fichiers, comprend l'architecture, exécute des commandes et modifie plusieurs fichiers de manière cohérente.

La différence avec les assistants intégrés à un éditeur tient à cette vision d'ensemble. Un assistant d'éditeur voit le fichier ouvert et complète la ligne en cours ; Claude Code voit le projet, ses conventions, ses dépendances. C'est ce qui lui permet de mener des modifications transversales qu'un outil à contexte local ne sait pas coordonner. La contrepartie est une courbe d'apprentissage plus marquée pour qui n'a jamais travaillé dans un terminal — et aucune des deux catégories n'est supérieure en toute situation.

Ce que deux projets réels m'ont montré

Sur la refonte de mcva.ch — un site multilingue de plusieurs dizaines de pages, en quatre langues, avec données structurées —, le gain le plus net s'est joué sur la structure. Créer un composant, une route, un gabarit de page cohérent avec les conventions du projet prend quelques minutes de dialogue au lieu d'une session de travail. Le refactoring multi-fichiers ensuite : renommer, migrer, restructurer des dizaines de fichiers d'un coup, avec une fiabilité qui m'a surpris. Je garde la décision sur l'opération ; je délègue l'exécution.

La correction de bugs m'a également marqué. Décrire un symptôme en langage naturel — « le sélecteur de langue perd la page courante » — suffit souvent pour que l'outil remonte à la cause racine en naviguant seul dans le code. Et la génération de tests fournit une base solide à affiner, plutôt qu'une page blanche.

FiscalDoc raconte l'autre versant : un outil complet — analyse de documents, classement fiscal, recherche, assistant local — qui a pris forme en trois soirées de dialogue. Je ne l'ai pas écrit ; je l'ai dialogué. J'ai décrit mes besoins, itéré, corrigé. Le récit complet est publié dans FiscalDoc, ou remplacer un SaaS par une IA locale.

Là où l'outil m'a fait perdre du temps

Trois limites sont apparues sur ces deux projets, et aucune n'est anecdotique.

La perte de contexte d'abord. Au-delà d'environ deux heures de session, l'outil perd progressivement le fil : il peut proposer des modifications incohérentes avec ce qui a été décidé plus tôt, ou oublier une contrainte d'architecture posée en début de dialogue. C'est une mécanique de fenêtre de contexte des modèles génératifs, sans solution purement technique aujourd'hui.

La fausse confiance ensuite. Le code généré compile souvent du premier coup et présente une apparence professionnelle qui désarme la vigilance. Cette apparence peut cacher des bugs subtils, des failles non traitées, des choix discutables que seule une relecture attentive révèle. Accepter sans relire, c'est accumuler une dette qui ne se voit que plus tard.

L'architecture enfin. Pour les choix structurants, l'outil propose ce qui fonctionne dans le cas général, pas nécessairement ce qui convient à votre contexte particulier. Ces décisions restent les miennes, et une meilleure formulation des prompts n'y change rien.

La discipline qui rend l'outil rentable

Ce que j'ai stabilisé sur ces deux projets tient en peu de choses — et fait presque tout le résultat.

  • Des sessions courtes, un objectif. Trente à quarante-cinq minutes, une tâche précise, puis session neuve. La qualité du dialogue s'effondre passé ce cap ; repartir de zéro coûte moins cher que rattraper.
  • Une revue systématique. Chaque modification est relue comme la contribution d'un collègue : logique, sécurité, performance, cohérence avec l'existant. La qualité formelle du code ne dispense jamais de cette relecture.
  • Des instructions projet écrites. Un fichier de consignes que l'outil relit à chaque session — conventions, interdits, architecture — évite de tout répéter et capitalise ce qui fonctionne. C'est le prompt documenté à l'échelle du projet.

Et la confidentialité du code ?

Utiliser Claude Code implique d'envoyer le code analysé aux serveurs de l'éditeur pour traitement. Pour mcva.ch, site vitrine public, la question était vite réglée. Pour un outil métier qui touche des données clients ou un savoir-faire stratégique, elle se traite au cadrage : les engagements contractuels d'Anthropic sur le traitement et la rétention des données varient selon l'offre souscrite[1], et ils ne remplacent pas votre propre analyse. Pour certains périmètres, des modèles ouverts exécutés sur une infrastructure contrôlée offrent un profil de souveraineté différent — c'est un arbitrage que je pose systématiquement au début d'un projet de solution sur mesure.

Ce que ça change pour une PME suisse

Le plus intéressant dépasse mon cas personnel. Ce type d'outillage abaisse le coût de production du logiciel au point de remettre le sur-mesure à portée de structures qui s'en croyaient exclues — c'est le cœur de ce que je propose en solutions, et la raison pour laquelle le cadre d'ensemble est posé dans Que doit faire une PME suisse face à l'IA en 2026 ?. La refonte de mcva.ch elle-même illustre le premier pilier de cette logique : des sites conçus pour être trouvés et cités, produits avec cet outillage.

Pour une équipe, l'adoption suit un chemin raisonnable : un pilote sur un périmètre limité avec un développeur motivé, une formation courte mais structurée, puis une gouvernance technique explicite — ce qui peut être délégué à l'outil, ce qui exige une revue, ce qui relève de contraintes réglementaires. Rien de tout cela ne transforme une équipe du jour au lendemain. L'outil rend une équipe disciplinée plus productive, et il révèle plus crûment les endroits où la rigueur manquait déjà.

Ce qu'il faut retenir

— Claude Code travaille au niveau du projet entier ; c'est sa force distinctive face aux assistants intégrés à un éditeur. — Les gains sont réels sur la structure, le refactoring et l'investigation de bugs ; la relecture humaine reste non négociable. — Sessions courtes, revue systématique, instructions projet écrites : la discipline pèse plus que l'outil.

FAQ

Faut-il savoir coder pour utiliser Claude Code ? Pour explorer et prototyper, non : le dialogue suffit à produire quelque chose qui fonctionne. Pour un produit destiné à des utilisateurs réels, quelqu'un doit pouvoir relire et évaluer le code produit. J'ai détaillé cette frontière dans mon article sur le vibe coding et le prototypage.

Mon code part-il chez l'éditeur ? Oui : le code analysé est traité sur les serveurs d'Anthropic. Les engagements de traitement et de rétention varient selon l'offre souscrite et ne constituent pas une garantie générale. Pour un code sensible, faites l'analyse avant d'adopter, ou évaluez des modèles exécutés sur votre propre infrastructure.

Claude Code remplace-t-il un développeur ou un prestataire ? Il compresse l'exécution ; le jugement — architecture, arbitrages, sécurité, responsabilité — reste humain. Une personne compétente et outillée produit sensiblement plus qu'avant. Une organisation sans discipline de revue produit surtout de la dette, plus vite.

Combien ça coûte ? L'outil fonctionne sur abonnement auprès de l'éditeur, de l'ordre de quelques dizaines à quelques centaines de francs par mois selon l'intensité d'usage. Rapporté au temps d'exécution gagné sur un projet réel, ce poste est marginal. Le vrai coût est le temps de relecture — et c'est le dernier poste sur lequel économiser.

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Sources

[1] Anthropic, Claude Code documentation — CLI usage. docs.anthropic.com/en/docs/claude-code/cli-usage []


Jérôme Deshaie est CEO et fondateur de MCVA Consulting SA, agence augmentée basée en Valais. Quinze ans au service de grandes marques internationales, désormais en direct pour les PME suisses. Parcours.

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